« santé ne signifie pas vous affamer »
Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place centrale dans la construction de l’image de soi, en particulier chez les jeunes. Si ces plateformes permettent de s’exprimer, de partager et de créer du lien, elles participent aussi à la diffusion de tendances dangereuses liées au corps et à l’alimentation. Certaines de ces tendances, comme le “A4 challenge”, le “thigh gap” ou encore le “SkinnyTok”, illustrent une obsession croissante pour des standards corporels irréalistes, souvent inaccessibles et parfois nocifs pour la santé physique et mentale.
Le “A4 challenge”, par exemple, consiste à démontrer que sa taille est plus fine que la largeur d’une feuille A4. Derrière ce défi en apparence anodin se cache une valorisation extrême de la minceur. Il ne s’agit plus simplement d’être en bonne santé, mais de correspondre à une norme visuelle précise et restrictive. Ce type de contenu encourage la comparaison constante et installe l’idée que la valeur d’une personne dépend de la finesse de son corps.
Dans la même logique, le “thigh gap” l’espace entre les cuisses lorsque les pieds sont joints est devenu un symbole de minceur idéalisée. Pourtant, cette caractéristique dépend en grande partie de la morphologie osseuse, et non uniquement du poids. Promouvoir ce type de standard revient à imposer un objectif que beaucoup ne pourront jamais atteindre, même avec des efforts extrêmes. Cela peut entraîner frustration, perte d’estime de soi et comportements alimentaires dangereux.
Le phénomène “SkinnyTok”, quant à lui, regroupe des contenus qui, sous couvert de bien-être ou de discipline, valorisent une minceur extrême et des comportements restrictifs. On y retrouve des vidéos “What I eat in a day” très faibles en calories, des conseils culpabilisants autour de la faim ou encore des routines alimentaires excessivement contrôlées. Ces contenus banalisent la restriction et présentent la privation comme une preuve de volonté ou de réussite. Cela peut entraîner une normalisation de comportements dangereux, favoriser la comparaison et pousser certaines personnes à adopter des habitudes alimentaires nocives pour leur santé.
Plus inquiétant encore, certaines pratiques évoquent des transformations corporelles radicales, comme l’idée de se faire retirer des côtes pour affiner la taille. Même si ces interventions restent rares et controversées, leur simple évocation dans les contenus en ligne contribue à banaliser des modifications corporelles extrêmes. Cela renforce l’idée que le corps doit être corrigé, transformé, voire modifié chirurgicalement pour correspondre à des standards imposés.
Ces tendances s’inscrivent dans un phénomène plus large : la normalisation de l’extrême. Les réseaux sociaux favorisent les contenus qui suscitent des réactions fortes admiration, choc, envie ce qui pousse à toujours aller plus loin. Ainsi, les corps présentés deviennent de plus en plus minces, sculptés ou modifiés, créant une spirale où l’exception devient la norme.
Un autre aspect problématique réside dans la mise en scène constante du corps. Les “body checks”, par exemple, consistent à montrer certaines parties du corps (ventre, hanches, clavicules) pour prouver sa minceur ou ses progrès. Même lorsqu’ils sont présentés comme du contenu “fitness” ou “bien-être”, ces posts renforcent une surveillance permanente du corps. Ils encouragent à se regarder, se mesurer, se comparer, jusqu’à développer une relation anxieuse avec son apparence.
Les conséquences de ces tendances peuvent être graves. Elles favorisent le développement de troubles du comportement alimentaire, comme la restriction excessive, les compulsions ou les cycles de privation. Elles peuvent également entraîner une dysmorphophobie, c’est-à-dire une perception déformée de son propre corps. À force d’être exposé à des images retouchées ou sélectionnées, il devient difficile de distinguer la réalité de l’illusion.
Il est également important de souligner le rôle des algorithmes. Plus un utilisateur interagit avec ce type de contenu, plus il y est exposé. Cela crée une “bulle” dans laquelle ces normes semblent omniprésentes et normales. Une personne peut alors avoir l’impression que tout le monde correspond à ces standards, ce qui renforce le sentiment de ne pas être à la hauteur.
Face à ces dérives, il est essentiel de développer un regard critique sur les contenus consommés. Comprendre que les images sont souvent retouchées, que les corps présentés ne sont pas représentatifs de la diversité réelle, et que la santé ne se résume pas à l’apparence est un premier pas. Il est aussi important de diversifier ses sources d’inspiration, en suivant des comptes qui valorisent des corps variés et des approches bienveillantes de l’alimentation.
En définitive, les tendances comme le “A4 challenge”, le “thigh gap” ou le “skinnytok” ne sont pas de simples phénomènes passagers. Elles révèlent une pression sociale profonde autour du corps, amplifiée par les réseaux sociaux. Prendre conscience de ces mécanismes permet de mieux s’en protéger et de reconstruire une relation plus saine et plus équilibrée avec son corps.

annexe : https://shs.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2025-6-page-6?lang=fr
Libère toi des réseaux sociaux
ALLARD Nodoka 19 Mars 2026
