Longtemps perçu comme un univers de force et de dépassement de soi, le sport
n’échappe pourtant pas aux réalités de la santé mentale. Ces dernières années,
plusieurs études ont permis de mettre des chiffres sur un phénomène longtemps
minimisé. Selon différentes recherches internationales, entre 20 % et 35 % des
sportifs de haut niveau présenteraient des symptômes d’anxiété ou de dépression à
un moment donné de leur carrière — des taux comparables, voire parfois supérieurs, à
ceux de la population générale du même âge.
Des athlètes mondialement connus comme Simone Biles, Naomi Osaka ou Michael
Phelps ont contribué à rendre ces chiffres concrets en partageant publiquement leurs
expériences.

« J’ai traversé des périodes où je me sentais extrêmement seul, même entouré de gens. » — Andrés Iniesta
une pression chiffrée et mesurable
Le sport de haut niveau implique une charge de travail considérable. Un nageur
olympique peut s’entraîner jusqu’à 30 heures par semaine, sans compter la
préparation physique et les compétitions. Dans le football professionnel européen, les
joueurs disputent parfois 50 à 60 matchs par saison, en incluant championnat,
coupes nationales et compétitions internationales.
Cette intensité a des conséquences. Une étude menée auprès de footballeurs professionnels européens a montré qu’environ 1 joueur sur 4 présentait des
symptômes d’anxiété ou de dépression au cours d’une saison. Chez les sportifs
blessés de longue durée (plus de 6 mois), le risque de troubles dépressifs augmente
significativement. Une rupture des ligaments croisés, par exemple, peut nécessiter 6 à
9 mois de rééducation, période durant laquelle l’athlète est isolé du groupe et
confronté à l’incertitude quant à son retour au niveau initial.
Des exemples marquants au plus haut niveau
Lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2021, Simone Biles s’est retirée de plusieurs
finales pour préserver sa santé mentale, invoquant les “twisties”, un phénomène de
perte de repères dans l’espace particulièrement dangereux en gymnastique. Son choix
a suscité un débat mondial, mais il a aussi permis de normaliser l’idée qu’un champion
peut avoir besoin de s’arrêter.
De son côté, Naomi Osaka s’est retirée de Roland-Garros en 2021 après avoir expliqué
souffrir d’anxiété sévère liée aux conférences de presse. Elle a révélé avoir connu des
épisodes dépressifs depuis son sacre à l’US Open en 2018.
Quant à Michael Phelps, sportif le plus médaillé de l’histoire olympique (28 médailles),
il a déclaré avoir traversé des phases dépressives profondes après les Jeux de Jeux
olympiques de Londres 2012, allant jusqu’à évoquer des pensées suicidaires. Son
témoignage a eu un impact majeur aux États-Unis, contribuant à la mise en place de
programmes de soutien psychologique pour les athlètes.

« La santé mentale est aussi importante que la santé physique. » — Simone Biles
Les jeunes sportifs face à des risques précoces
La vulnérabilité ne concerne pas seulement les champions médiatisés. Chez les jeunes
sportifs engagés dans des parcours intensifs, la pression apparaît très tôt. En France,
certains centres de formation accueillent des adolescents dès 13 ou 14 ans. Ils suivent
un double projet scolaire et sportif avec des journées pouvant dépasser 10 heures
d’activité cumulée.
Des études montrent que près de 30 % des jeunes sportifs de haut niveau déclarent
un niveau de stress élevé lié à la performance. Dans les sports à catégorie de poids ou
à forte exigence esthétique (gymnastique, danse sportive, sports de combat), la
prévalence des troubles alimentaires peut atteindre 15 à 20 %, un taux supérieur à
celui observé chez les adolescents non sportifs.
Un exemple concret est celui des jeunes espoirs du tennis international. Chaque
année, des milliers de joueurs participent aux tournois juniors, mais seule une infime
minorité — moins de 1 % — parvient à intégrer durablement le circuit professionnel.
Cet écart entre l’investissement consenti et les chances réelles de réussite peut
générer frustration, perte d’identité et détresse psychologique.

« On apprend à être fort, mais pas toujours à demander de l’aide. » — Michael Phelps
Le poids de la reconversion
Un autre moment critique est la fin de carrière. L’âge moyen de retraite sportive dans
certaines disciplines se situe autour de 30 à 35 ans, parfois plus tôt en gymnastique ou
en natation. Or, selon plusieurs enquêtes, près de 40 % des anciens sportifs de haut
niveau déclarent avoir connu une période de mal-être significatif dans les deux années
suivant l’arrêt de leur carrière.
La perte de statut social, de routine quotidienne et d’objectif clair peut entraîner un
sentiment de vide. Sans accompagnement adapté, cette transition devient un facteur
de risque important pour la santé mentale.
Des réponses concrètes émergent
Face à ces constats, des initiatives se multiplient. De plus en plus de fédérations
intègrent des psychologues du sport dans leurs équipes. Lors de grandes compétitions
internationales, des cellules de soutien psychologique sont désormais accessibles aux
athlètes.
Certaines équipes professionnelles imposent même des bilans psychologiques
réguliers, au même titre que les bilans médicaux physiques. L’objectif est de détecter
précocement les signes d’épuisement ou de détresse.
Dans le sport amateur également, des campagnes de sensibilisation se développent
pour former les entraîneurs à reconnaître les signaux d’alerte : troubles du sommeil,
irritabilité inhabituelle, baisse brutale de performance ou isolement.
Vers un changement culturel durable
Les chiffres montrent que la santé mentale dans le sport n’est pas un phénomène
marginal. Lorsqu’un quart à un tiers des athlètes présente des symptômes anxieux ou
dépressifs, il ne s’agit plus d’exceptions individuelles, mais d’un enjeu structurel.
L’évolution des mentalités est en marche. Les témoignages de champions, appuyés
par des données scientifiques, ont contribué à faire évoluer le regard du public. La
performance ne peut plus être dissociée du bien-être psychologique.
En définitive, intégrer pleinement la santé mentale dans la préparation sportive n’est
pas un luxe, mais une nécessité. C’est à cette condition que le sport pourra continuer à
incarner un idéal de dépassement de soi, sans sacrifier l’équilibre et la dignité de celles
et ceux qui le pratiquent.
liens externes à l’article:
https://www.sports.gouv.fr/plan-d-actions-pour-la-sante-mentale-des-athletes
Si vous souhaitez en savoir plus sur la santé mentale RDV le 23 Mars 2026 de 16h30 à 19h30 pour la conférence « Evolusport » à l’amphi de la MACI !!!
Un article rédigé par Giroud Louis,
