« Jeux durable » L’oxymore au goût du jour

Introduction :

Les Jeux Olympiques de Paris ont été suivis par plus de 5 milliards de personnes (CIO 2024). Cette visibilité globale ainsi que la forte dimension politique pourraient permettre aux JO d’encourager les pays à s’engager pleinement pour la cause environnementale et lutter contre le réchauffement climatique. D’un autre côté, les Jeux Olympiques sont de gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES), remettant directement en cause leur crédibilité en tant que leader du développement durable.

Les premiers JO ayant intégrés les pratiques écologiques dans leur organisation sont ceux de 1994 à Lillehammer avec 5 « objectifs verts » :

Apparition progressive CSS
  • Sensibiliser à l’environnement
  • Tenir compte des considérations d’ordre régional
  • Assurer un développement durable et la croissance économique
  • Intégrer les facteurs environnementaux dans la construction des sites
  • Respecter les normes environnementales à tous les stades de la préparation de l’événement.

Cependant, il faut attendre 2018 et les accords de Paris pour que le CIO (comité international olympique) formalise ses directives en normalisant l’élaboration du bilan carbone à chaque édition et exigeant des villes hôtes qu’ils réduisent et compensent leurs émissions directes. Mais, face à ces promesses, qu’en est-il vraiment ?

Contexte :

Cet article s’appuit sur une étude menée par David Gogishvili et Martin Müller, chercheurs au département géographie et développement durable de l’UNIL, intitulé « Past Carbon Emissions and Future Targets for the Olympic Games » publié le 1er février 2026.

Suite aux accords de Paris, le CIO à réparti en trois catégories les sources d’émission de GES :

  • Les opérations: comprenant les activités de restauration, l’utilisation de l’énergie des sites, l’hébergement, l’équipement sportif, les services de transport, la logistique, le siège, l’équipement électronique et les services informatiques, le relais de la flamme, les uniformes, la sécurité, les cérémonies et la culture, les transport dans la ville hôte et d’autres lieux associés et la gestion des déchets.
  • La construction: regroupant la construction des sites sportifs, sites d’entraînement et sites non sportifs et la construction d’infrastructures, incluant les réseaux de transport et l’amélioration urbaine.
  • Les spectateurs: comprenant le transport vers la ville hôte et autres lieux associés, l’hébergement, le merchandising, le transport vers le relais de la flamme et la restauration.

Résultats :

Les valeurs sont exprimées en milliers de tonnes d’équivalent CO2 (CO2e), les éditions de 2020 et 2022 ayant eu lieu sans spectateurs (COVID), les émissions engendrées sont basées sur une estimation. (a) éditions été, (b) éditions hiver.

Les JO de Paris ont émis 1,58 million de tonnes CO2e soit moins de la moitié des émissions des Jeux de Londres tout en vendant plus de place (10 millions contre 8.2 millions pour Londres). Cela a été rendu possible grâce à l’utilisation majoritaire d’infrastructures existantes. L’édition de 2016 a engendré des émissions comparables aux émissions annuelles de la ville de Boston.

Les résultats montrent que les JO d’hiver ont tendance à émettre moins de GES que les Jeux d’été. Cependant ces éditions sont d’ampleur réduite tant sur le nombre d’athlètes que sur les retombées économiques. Ainsi, en ramenant les émissions de GES des JO aux nombre d’athlètes et aux revenus dégagés, les JO d’hiver ont une intensité d’émission de CO2e plus importante que ceux d’été avec 560 tonnes de CO2e par athlète au jeux d’hiver de 2018 contre 150 tonnes de CO2e par athlète aux Jeux de Paris (voir figure ci-dessous, édition hiver en bleue, été en vert)

Déclaration de biais :

Il est à noter que ces résultats sont issus du bilan carbone réalisé par le CIO. En effet, le comité ainsi que les villes hôtes interdisent les vérifications indépendantes, nous n’avons donc que ces données sur lesquelles se baser. Il est probable que ces données soient biaisées et vues à la baisse par le CIO pour défendre ses intérêts.

Ambitions :

Afin de respecter les accords de Paris visant à limiter le réchauffement à 1.5°c d’ici 2100, les émissions générées par les jeux doivent diminuer de 48% (par rapport à la moyenne des éditions de 2012 à 2024) pour 2030, 70% pour 2040 et 84% pour 2050 (cf figure ci-dessous)

Conclusion

Si on souhaite continuer d’augmenter les revenus dégagés par les JO comme fait historiquement, tout en respectant les accords de Paris; les intensités d’émissions de CO2e doivent drastiquement diminuer. Une dissociation relative entre les émissions de GES et la croissance économique est possible mais une dissociation absolue, où les émissions diminuent rapidement en phase de croissance continue, reste impossible même dans les estimations les plus optimistes. Cela signifie que de profonds changements

dans les principales activités génératrices de carbone sont nécessaires. Le progrès technologique seul ne suffira pas. Paris 2024 à marqué une étape importante, reste à espérer que les éditions futures marquent le pas.

« Dans un environnement qui change, il n’y a pas de plus grand risque que de rester immobile.«  Jacques Chirac

Arthur Faure, réalisé sans IA (sauf HTML) le 25/02/2026.


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